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IA, éthique et criminologie : le professeur Décary-Hétu nous livre ses impressions

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L’avènement des nouvelles technologies place l’être humain au cœur d’enjeux sociétaux et éthiques importants. L’intelligence artificielle (IA), qui, brièvement, consiste à simuler certains processus d’apprentissage de l’intelligence humaine, à s’en inspirer et à les reproduire, en est le parfait exemple. Bien que cette technologie peut apporter de nombreux bénéfices à la société, il demeure important de prendre en considération plusieurs principes éthiques s’articulant autour de valeurs fondamentales, telle que la justice. Nous avons donc demandé à David Décary-Hétu, professeur adjoint à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, de nous partager son opinion ainsi que ses impressions sur l’aspect judiciaire entourant l’IA.



Dans ses recherches, M. Décary-Hétu s’intéresse principalement aux marchés illicites sur le web ainsi qu’à la cyber délinquance. Ayant toujours eu un intérêt pour l’innovation, il s’intéresse également aux impacts des nouvelles technologies sur le crime. Le professeur déclare que l’IA peut être utilisée par les agences de sécurité pour protéger les citoyens, mais également par les criminels pour s’attaquer à leur cible. C’est donc un couteau à double tranchant auquel il faut faire très attention.


Toutefois, l’IA est, pour le professeur, un outil de travail indispensable. Collectant de l’information sur les délinquants et le darknet, l’IA lui permet de la classer et de la gérer beaucoup plus rapidement. De son point de vue, cette technologie provoquerait beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients : « Chaque technologie qui a été inventée nous a permis d’avancer. L’intelligence artificielle ne va pas nécessairement faire perdre des emplois, mais en créer plus et le faire mieux. » D’un point de vue judiciaire, l’IA joue un rôle primordial. On parle alors de « police prédictive », c’est-à-dire de connaître les lieux plus à risques de criminalité dans une ville et ainsi de faciliter les recherches des policiers, par exemple. Ces outils transforment les pratiques non seulement sur le plan de la sécurité, mais aussi de la science forensique, c’est-à-dire sur l’ensemble des méthodes d’analyse qui sert au travail d’investigation de manière large.


Et la réglementation, est-ce possible? Selon l’expert, réglementer l’intelligence artificielle est difficile. En effet, pour l’humain moyen, il est difficile de comprendre réellement le fonctionnement d’un logiciel. Lorsque de nouveaux produits sont créés, l’objectif n’est pas que d’implanter des lois, mais aussi des normes et des standards qui aideront à respecter les enjeux éthiques, moraux et sociaux qui pourraient découler de ces technologies.


En ce qui concerne l’avenir de l’IA, M. Décary-Hétu croit que seul l’humain est capable d’actions complexes : « On peut toujours rêver de la société du loisir, donc espérer que les robots vont tout faire pour nous, mais nous sommes encore très loin d’avoir des robots qui seront capables de nous remplacer. » Il est important de percevoir l’IA avec un certain équilibre, c’est-à-dire qu’elle sera en mesure de libérer les gens de tâches simples et ainsi favoriser la formation et l’épanouissement au travail, sans pour autant éliminer tout contact humain.

M. Décary-Hétu croit que dans un monde idéal, l’intelligence artificielle serait capable de peser le pour et le contre, d’apprendre par elle-même, de se poser des questions ainsi que d’avoir un sens moral et critique. Bref, de penser comme un humain.


Biographie


David Décary-Hétu est diplômé en criminologie de l’Université de Montréal. Il a travaillé comme maitre d'enseignement et de recherche à l'Université de Lausanne avant de rejoindre l'Université de Montréal à titre de professeur adjoint à l'École de criminologie. Ses recherches portent sur les marchés criminels en ligne et plus particulièrement sur les cryptomarchés, des marchés illicites hébergés sur le darknet. Elles ont permis jusqu'à maintenant de mieux comprendre la structure des marchés et des réseaux d'acteurs qui y participent ainsi que de comprendre la performance dans le contexte de marchés criminels en ligne. Pour atteindre ses objectifs, Prof. Décary-Hétu utilise une approche quantitative axée sur le big data, le data mining et les analyses de réseaux sociaux. Les résultats de ses recherches, financées par le gouvernement provincial, le gouvernement fédéral et l'industrie, ont été publiés dans des revues comme le Journal of Research in Crime and Delinquency, présentés dans de nombreuses conférences et diffusées auprès d’un public large dans un grand nombre d’entrevues avec les médias.



AI, ethics and criminology: Professor Décary-Hétu’s position


The introduction of new technologies places humans at the center of important societal and ethical issues. Artificial intelligence (AI), which simulates and reproduces learning processes of human intelligence, is the perfect example. While this technology can bring several benefits to the society, it is important to consider some ethical principles related to fundamental values, such as justice. We asked David Décary-Hétu, an assistant professor at the School of Criminology at the Université de Montréal, to share his opinion and impressions regarding the judicial aspects surrounding AI.


In his research, Mr. Décary-Hétu is mainly interested in illegal web markets as well as cybercrime. Because of his strong interest in innovation, he is also interested in the impacts of new technologies on crime. The professor says that AI can be used by security agencies in order to protect citizens, but also by criminals to attack their target. Thus, AI is a double-edge sword with which we must be very careful.


However, for the Professor, AI represents an amazing resource – when collecting information about offenders and the dark net, artificial intelligence allows him to classify and manage this information much faster. Moreover, from his point of view, this technology would bring a lot more pros than cons: “Every technology that has been invented has allowed us to move forward as a society. Artificial intelligence will not necessarily mean more job losses, but creating more of them and doing it in a better way.” From a judicial point of view, AI plays a key role: this is what we call “predictive policing”, which dictates the places that are most likely to have a crime. Thus, it facilitates the work of the police. These tools transform the practices not only in terms of security, but also of forensic science, a concept linked to criminology classes.


Let’s talk about regulation. According to experts, regulating AI is hard. For the average person, it is difficult to understand the potential impact of AI on society. When new products are being created, the goal is not only to implement laws but also to create standards that will help to respect ethical, moral and social issues that could arise from these technologies.


Concerning the future of artificial intelligence, Mr. Décary-Hétu believes that only a human being is able of doing complex actions: “We can always dream about a society of leisure, hoping that robots will do everything for us, but we are still far away from having robots that will replace the human beings.” It is important to perceive AI with a certain balance. AI has the potential to free people from simple tasks and therefore to further promote training and personal development at work, without eliminating all human contact.


Mr. Décary-Hétu believes that in a perfect world, artificial intelligence will be able to weigh the pros and cons, to learn by itself, to ask questions and to have a moral and critical sense. In brief, to think like a human being.


Biography


Professor Décary-Hétu graduated from the School of Criminology at the Université de Montréal. Before working as an assistant professor at the School of Criminology, he was a research and teaching professor at the University of Lausanne. His researches focus on illegal web markets and more precisely, on crypto markets, illegal hosted markets and the dark net. These researches have helped to better understand the structure of markets and stakeholder networks, and to understand performance in the context of online criminal markets. To achieve these objectives, professor Décary-Hétu uses a quantitative approach focused on big data, data mining and social media analysis. The results of his research, funded by the provincial government, the federal government and the industry, have been published in magazines such as the Journal of Research in Crime and Delinquency, presented in several conferences and released in many interviews with the media towards a large public.

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